RODERICK MURRAY évoque avec JOYCE son dernier projet de restauration au cœur d’Édimbourg (Écosse)…

Nombre d’aspirants propriétaires seraient pour le moins découragés à l’idée de transformer un bâtiment vieux de deux cents ans et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en habitation résidentielle. La plupart partirait en courant devant l’ampleur de la tâche. Comme nous sommes à Édimbourg, nul doute qu’ils prendraient la fuite vers les Highlands. Installés à l’autre bout du monde, l’architecte Roderick Murray, son partenaire Andrew Keith, président de l’enseigne de détaillants de mode JOYCE, tous deux basés à Hong Kong, ont pourtant entrepris, avec Lane Crawford, de rénover méticuleusement une propriété de style géorgien des années 1830 qu’ils venaient d’acquérir pour en faire un véritable havre contemporain en centre-ville, sans pour autant trahir l’histoire des lieux.
Pour ces habitants de Hong Kong d’ascendance écossaise, les affinités avec leur pays et leur culture d’origine sont toujours très fortes. Leur choix s’est porté sur une imposante bâtisse au style emblématique de ce district, située en plein cœur de la capitale, à deux pas de la résidence du Premier ministre d’Écosse. Difficile de concevoir une déclaration plus évidente de leur passion pour la culture, l’art et l’artisanat locaux.
Bien que baptisé « Nouvelle ville », le quartier a en réalité été édifié entre 1790 et 1820 pour répondre aux enjeux du développement de la vieille ville d’Édimbourg. Sa création s’inscrivait alors dans le cadre d’un modèle de planification dynamique de la ville. Les propriétaires ont tout d’abord été séduits par les proportions emblématiques de cette propriété à l’esthétique purement géorgienne.
« Nous avions passé de nombreuses années à la recherche d’un projet et d’une opportunité de ce type. Trouver une propriété restée en grande partie intacte relevait véritablement du défi. Dans les années 70, du fait de leurs dimensions, la plupart de ces bâtiments ont été convertis en espaces de bureaux sans subir d’altérations majeures. En venant de Hong Kong, nous avons été séduits par l’échelle du bâtiment : entre 3 500 et 4 000 mètres carrés offrant une belle surface habitable avec accès aux jardins, au centre de la place », se remémore Roderick Murray.
LA RÉSIDENCE
Après des études à la Glasgow School of Art, Roderick Murray a débuté sa carrière aux côtés de Norman Foster, alors responsable de la création de projets d’infrastructure stratégiques à grande échelle tels que l’aéroport de Hong Kong. Aujourd’hui spécialisé dans le domaine de l’architecture résidentielle et du design d’intérieurs, Roderick Murray a pu compter sur ses années d’expérience et d’expertise pour s’y retrouver dans le dédale des démarches administratives et des demandes d’autorisation nécessaires. Pas moins de douze mois de délai se seront en effet écoulés avant qu’il ne puisse commencer la réhabilitation de la bâtisse visant à créer un espace adapté à un style de vie contemporain.
« Historiquement, à l’époque géorgienne, il n’était pas rare de recevoir ses invités dans la chambre. Celle-ci possédait des doubles portes qui vous permettaient de tenir des conversations privées et pouvaient s’ouvrir sur le salon. Nous avons installé la cuisine à l’étage et conçu tout l’espace comme un salon ouvert que nous pouvions utiliser comme bureau et comme espace de travail. Cet espace constitue vraiment le cœur de la maison. »
Si la cuisine est signée Roderick Murray, ce dernier a décidé de faire appel à un ébéniste local pour la fabrication et le montage des meubles de rangement. Ce n’est là que l’un des nombreux clins d’œil du designer à l’attention de l’artisanat et des traditions passées et présentes de la région. L’imposante cage d’escalier abrite des luminaires traditionnels confectionnés par un forgeron de la région, tandis qu’un rideau contemporain tamisé en tweed, acquis auprès de l’enseigne Bute, habille les fenêtres de la chambre. Un papier peint graphique, signé Timorous Beasties, une entreprise de Glasgow, tapisse les murs de la salle à manger, tandis que l’impressionnant miroir orné de dorures de style géorgien situé dans le salon principal a été chiné, parmi de nombreuses pièces, au cours de ventes aux enchères qui se sont tenues dans des maisons historiques telles que la « Torridon House » (autrefois le domicile ancestral des « Earls of Lovelace »).
En tant qu’ancien élève de la Glasgow School of Art, Roderick Murray a tenu à ponctuer les différents espaces de travaux possédant une grande force d’interpellation réalisés par de grands artistes également diplômés de l’école : Ken Currie, Adrian Wiszniewski et Steven Campbell. On y trouve également des exemples issus d’une génération d’artistes de Glasgow de la fin des années 1800 : les « Glasgow Boys », à l’instar de Stuart Park, ainsi que le peintre coloriste écossais John Peploe.
Du fait de leurs influences internationales, il n’est guère étonnant que la décoration de l’intérieur de la maison embrasse un champ bien plus large que les seuls confins de la côte écossaise. Roderick Murray est habilement parvenu à trouver un juste équilibre entre des pièces venues du monde entier. C’est ainsi qu’un tapis réalisé sur mesure de Jaipur côtoie des œuvres de Gervasoni, Paula Navone, Arne Jacobsen et Tom Dixon.
« Notre approche du design d’intérieur est très éclectique, à la fois de par la nature même de notre activité, mais aussi du fait que nous vivons en Asie. En partant du style géorgien qui constituait l’ADN de la maison, il s’agissait ensuite d’ajouter d’autres couches de mobilier moderne, de l’art contemporain aussi bien que des pièces anciennes. Nous n’avons délibérément pas cherché à obtenir un contraste autre que celui offert par la simple évolution organique de pièces que nous avons rassemblées de façons qui ont même parfois réussi à me surprendre »,
confie Roderick Murray, faisant allusion à sa surprenante combinaison des tirages de Stephen Campbell exposés au-dessus d’une console thaïlandaise ancienne de deux cents ans de Chiang Mai, complétée par une paire de lampes Kartell en or.
Sans rien renier de l’influence esthétique caractéristique de Roderick Murray, en circulant d’une pièce à l’autre, on réalise rapidement que chaque espace est doté d’une identité propre : ambiance décontractée dans l’espace cuisine-salon à l’étage ou plus formelle dans le salon du rez-de-chaussée. Attention, formel ici ne rime pas nécessairement avec austère :
« La pièce est orientée au sud. Résultat : bien que la couleur des murs soit bien définie [un bleu sarcelle turquoise vif], celle-ci change tout au long de la journée au gré des variations de la lumière dans lesquelles la pièce est baignée. »
Parmi toutes ces œuvres, la préférence de l’entreprise se porte sur un ajout plus contemporain : un buste en marbre retravaillé de l’artiste écossais Jonathan Owen, dont l’une des spécialités est de s’inspirer de bustes de style géorgien originaux pour les déstructurer. À partir d’une tête en marbre, il a sculpté dans le visage afin de former une cage abritant une forme de boule qui roule librement.
« En clair, à l’image de la maison elle-même, vous avez devant vous quelque chose qui semble classique, mais en y regardant de plus près, vous découvrez que ce n’est pas du tout ce à quoi vous vous attendiez. »

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À PROPOS DE RODERICK MURRAY
Roderick Murray a étudié à la Glasgow School of Art et a ensuite été diplômé de la Mackintosh School of Architecture. Il a travaillé dans de multiples environnements de conception, de la mode au design d’intérieur et de produits, en passant par l’architecture. Il s’est établi à Hong Kong en 1995 afin de travailler pour Norman Foster. Il a ensuite fondé son entreprise R J Murray Design (RJMD) en 2005.
Roderick associe les disciplines de l’architecture et du design d’intérieur, en apportant son point de vue unique sur ces deux domaines. Ayant fait le choix de se dédier aux projets résidentiels, il propose un vaste éventail de services : planification de l’espace, aménagement et achat du mobilier, conception sur mesure d’éléments plus fins comme des carreaux de céramique et des tapis en laine réalisés à la main. La plupart sont aujourd’hui commercialisés dans son studio de Sheung Wan en raison de son immense succès.
À PROPOS DE JOYCE
Fondé en 1971, porte-drapeau permanent des artistes et des designers qui transcendent les frontières créatives, le groupe JOYCE représente l’avant-garde de la vente au détail, de la gestion de marque et de la distribution dans le domaine de la mode en Asie. Vivier et promoteur de talents exceptionnels dans le monde entier, le groupe JOYCE possède aujourd’hui sa boutique éponyme multimarques JOYCE et une prestigieuse enseigne de beauté JOYCE Beauty. Il réunit en outre un portefeuille de designers innovants parmi lesquels Alexander Wang, Alexander McQueen, Dries Van Noten, Dsquared2, Hugo Boss, Marni, Neil Barrett, Rick Owens, Sacai, Stella McCartney, Thom Browne et Victoria Beckham. Le groupe JOYCE gère plus de 50 points de vente en Grande Chine, dont six boutiques multimarques JOYCE et plus de 10 enseignes de beauté JOYCE Beauty.
http://www.joyce.com
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